24 07 2010

Droit à la Consommation: Buzz sur le Label Bio d’un petit pot de Miel

Il était une fois un petit pot de miel « bio ». Il trônait sur son rayonnage parmi ses collègues et concurrents classiques. Il était là tout mignon, avec son pot en verre (plus présentable et plus digne que du plastique), son couvercle doré, sans oublier son voyant et rassurant label « Agriculture Biologique ».
En regardant le label et sa mention, vous comprenez instinctivement que vous avez donc entre les mains un produit « BIO », mention en gras, vert foncé sur fond blanc, « Produit issu de l’agriculture biologique » mais aussi et surtout un produit européen, logo d’un épi de blé vert flanqué de 12 douze étoiles le tout dans un cercle bleu foncé cerclé de vert à picot. Rassurant et Tentant.
ancien logo européen agriculture biologique
Pour quelques dizaines de centimes de plus, vous avez donc « normalement » l’assurance d’un certain respect de l’environnement à tous les niveaux de la « production ». Alors pourquoi se priver, quand il s’agit de la santé de vous et vos proches?

Une fois rentrez chez vous, l’impatience et la faim vous ordonnent de vous régaler du précieux nectar.
Tout en goutant, vous regardez machinalement les étiquettes du produit et le doute, quant à son origine, s’installe: m’aurait-on menti?
D’emblée, il n’y a pas réellement mensonge puisque il est bien notifié la non-origine du produit. En revanche, il ne fait aucun doute qu’il y a volonté d’induire en erreur le consommateur d’un tel produit. Puisqu’en dessous du logo précédemment décrit, on lit paradoxalement à la dernière ligne, après la dénomination de l’organisme certificateur « Ecocert », en tout petit, « Agriculture non UE ».
Au dos, la confirmation du préjudice semble se préciser: MIEL – mélange de miels non originaires de la CE issu de l’agriculture biologique.
Ainsi un logo mentionnant les étoiles de l’Europe et l’agriculture biologique ne serait garant « que » de l’aspect « biologique » du produit, en aucun cas de l’origine européenne de celui-ci.
Une étrangeté difficilement explicable dans la mesure où de tels logos sont conçus pour être le plus parlant possible et pour informer en seul coup d’oeil le consommateur sur la provenance et la fabrication de la marchandise proposée.

S’il ne vient pas d’union européenne, d’où vient-il: Des plaines d’Ukraine, près de Tchernobyl?
miel bio marque repère bio village leclerc
miel bio marque repère bio village leclerc

A l’heure de la régulation, de la transparence et de la traçabilité, nous vivons quotidiennement dans un monde où il est devient impossible de savoir d’où provient le miel que nous mangeons. Un comble!
Il ne vient pas d’ici, ni de là, et encore moins de là…mais d’où? On voudrait nous cacher honnêtement la véritable origine – cacher car sinon pourquoi ne pas marquer clairement la provenance, honte? – que l’on ne si prendrait pas autrement.

La curiosité est un vilain défaut.
En recherchant sur internet, le site web oleiculteur.com précise pourtant que « Depuis le mois d’avril 2000, le logo européen peut être apposé sur les produits et ingrédients composés d’au moins 95 % d’ingrédients issus du mode de production biologique obtenus conformément à la réglementation européenne et provenant uniquement du territoire de l’Union Européenne. » Information confirmée pourmaplanete.com: Union Européenne et Agriculture Biologique.
Label certifiant qu’un produit est issu de l’agriculture biologique pratiquée sur le territoire européen.
Le logo européen n’est pas obligatoire et est peu utilisé. Il cède généralement la place à des logos nationaux ou indépendants.

Il faut donc comprendre que ce pot de miel, fort bon au demeurant mais au goût peu prononcé, arbore un logo européen pour un produit non issu de l’agriculture biologique européenne, mais extra-européenne: une aberration!

Etant un produit de la marque « Bio Village » – Marque Repère, une marque du distributeur Leclerc, l’investigation continue sur marquerepere.com
Et nous retrouvons bien ledit pot de miel, 500 ml BIO Village. La photo a été prise de manière judicieuse puisque le logo Agriculture Biologique est bien visible, mais pas la mention tout en bas, à l’image de ce que peut voir le client…via son premier coup d’oeil.
Information supplémentaire sur le site web, mais absente de l’étiquette du pot, nous apprenons que « Ce produit est fabriqué dans une usine engagée dans une démarche d’éco conception » suivant le des Contrats Progrès pour l’environnement. Un lien vers ces contrats nous amènent… à la page d’accueil mais avec une url différente « http://www.e-leclerc.com/marquerepere/marquerepere/La-Marque/Demarche-environnementale/Accueil.aspx » plutôt que « http://www.marquerepere.com » ou sa redirection « http://www.e-leclerc.com/marquerepere/Default.aspx » Chou blanc donc avec une petite tentative de nous semer en route!
miel bio marque repère bio village leclerc

Autre Piste…
Petite vérification du côté de l’organisme certificateur, à savoir Ecocert SAS F.32600
Sur leur site web, on apprend qu’ECOCERT est un organisme de contrôle et de certification, dont l’activité est à ce titre encadrée par les Pouvoirs Publics et la législation. Ecocert est agréé par l’Institut National de l’Origine et de la Qualité. D’autres informations sont égrenées ici ou là, mais toujours pas notre logo européen, pas de visuel.
Mais à la page du nouveau logo de l’agriculture biologique européenne, nous avons un lien pointant le site web institutionnel http://ec.europa.eu, le site web officiel de la commission européenne.
Concernant l’ancien logo, pas la moindre trace de la mention précédemment vue sur oléiculteur.com, juste un joli baratin de marketing.
On se contente de nous expliquer l’origine du logo en 2007 et le concours permettant d’aboutir au nouveau logo. Il est certes sympathique qu’un étudiant en graphisme allemand a décroché la timbale, mais cela demeure sans intérêt pour le consommateur.
nouveau logo européen agriculture biologique
Curieusement, c’est le nouveau logo qui va nous aider à en apprendre un peu plus…sur l’ancien:
on découvre alors que
Le logo de l’agriculture biologique de l’Union européenne vise à consolider la confiance des consommateurs quant à la provenance et le contrôle des boissons qu’ils consomment, et la présence du logo assure le respect du règlement sur l’agriculture biologique de l’Union européenne.

À partir du 1er juillet 2010, le logo biologique de l’UE est obligatoire pour tous les produits alimentaires biologiques préemballés au sein de l’Union européenne. Il est également possible d’utiliser le logo bénévolement pour les produits biologiques non préemballés produits dans l’Union européenne ainsi que pour tout produit biologique importé de pays tiers.
Si nous nous en tenons à la dernière expression – tout produit biologique importé de pays tiers – le pot de miel peut recevoir le nouveau logo, du fait de la source extra communautaire de son contenant doré.
En revanche l’utilisation de l’ancien logo, en relisant le règlement gérant celui-ci, demeure parfaitement frauduleux.

Question légitime: le changement de l’ancien logo, n’est-il pas alors, une subtile technique des lobbies agricoles et industriels pour faire passer en douceur, une réglementation plus flexible au risque de tromper le consommateur quant à la provenance des produits UE et non UE?
A voir!

Finissons par une anecdote: d’après le règlement présenté dans ce document, texte intégral du règlement européen visant à définir l’utilisation de l’ancien logo de l’agriculture biologique européenne, on s’aperçoit que le logo frappant l’étiquette du pot de miel…ne semble même pas conforme concernant ses couleurs et notamment un bleu Pantone bien trop violet. Un détail certes. Mais le diable est toujours dans les détails.

Évidemment dans le doute, le prochain petit pot de miel Bio Village va pouvoir attendre un sacré long moment sur le rayonnage.

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Commentaires / Comments (13)

  1. [...] This post was mentioned on Twitter by cpolitic, Philippe Destremp. Philippe Destremp said: Droit à la Consommation: Buzz sur le Label Bio d’un petit pot de Miel http://tinyurl.com/38994c5 /via @blogcpolitic ; ça fout les abeilles . [...]

  2. Ervé.Do dit :

    Bzeu ! Bzeu ! Bzeu !

    Ça c’est ce qu’il convient d’appeler de l’investigation ! Investigation qui n’aurait pas déplu à Maya l »Abeille.

    C’est incroyable, tout de même, les capacités de mises en oeuvres vicieuses et sournoises pour nous tromper, issues de cerveaux pervers au service de lobbies abjects.
    De toute façon, ça fait un bon moment déjà que je me méfie des éco-labels et des références à des pseudos commerces équitables.
    Dommage que les Verts et écolos de tout poil ne montent pas plus au créneau maintenant qu’ils occupent tout de même un peu de place au Parlement Européen.

    Merci pour cet éclairage qui assombri au passage ce qui devrait être un mode de production évident.

    Bon Yes Week-end à toutes et tous !

    Ervé

  3. Loubomer dit :

    Bravo pour l’enquête, détaillée et référencée qui serait un exemple à envoyer aux aboyeurs sarkolâtres de l’U.M.P qui osent encore prétendre que sur le Net on n’est pas capable de faire ce genre d’investigation fouillée.
    Quant au fond de l’article, c’est bien la preuve que souvent trop de réglementation tue la réglementation : la multiplication des labels et certifications pousse à un nivellement par le bas – Qu’y a t’il en effet de commun entre une certification ISO 9001 obtenue après de gros efforts d’organisation, remise en question tous les ans et un label « produit de l’année » pour lequel il suffit de payer pour l’apposer sur l’emballage. Et que dire de la certification des bateaux poubelles qui font naufrage et polluent les mers? Au bout du compte, à moins d’être un spécialiste, tous ces labels, qualifications ou certifications finissent par ne plus rien dire pour le consommateur final . A tout prendre, dans consomateur, il y a mateur, alors matons bien les étiquettes ou découvrons sur le marché le petit producteur qui vous parlera avec passion de son métier. Cet apiculteur là – ou ce fromager là, ou ce jardinier là- vous vendra non seulement un bon produit mais aussi du bonheur et vous donnera en prime le plaisir de la rencontre !!! Certes, cela demande un peu plus de temps que de prendre un produit estampillé « commerce équitable » ou bio dans un rayon de la grande distrib’ mais au moins vous aurez opéré sans vous en rendre compte à une action essentielle en « sustainable developpement » : THINK GLOBAL, ACT LOCAL

  4. genevieve dit :

    C’était bien le petit chaperon rouge qui apportait un petit pot de miel et une galette à sa grand mère!..à moins que celà soit un petit pot de beurre ?..Je ne pensais pas apprendre tellement de choses sur le miel biologique et c’est très instructif, comme quoi il faut passer son temps à lire les étiquettes, quitte à prendre une loupe pour dénicher les vérités que l’on cherche à nous dissimuler par des toutes petites lignes illisibles. Personnellement, je n’achète pas de produits dits biologiques, je ne pense pas que celà changera quelque chose pour ma santé, par contre oui pour mon porte monnaie.

    Merci pour cet éclairage
    bonne soirée
    genevieve

  5. Ervé.Do dit :

    @ Geneviève :

    Bonsoir !

    Selon les différents auteurs, les versions diffèrent :

    - celle des frères Grimm parle d’un gâteau et d’une bouteille de vin
    - la version de Perrault est plus cruelle et sa morale plus cruelle : le Petit Charepon rouge ammène à sa Mère-Grand une galette et un petit pôt de beurre et se fait boulotter, au final, par le loup à cause de sa naïveté

    A la base, il s’agit d’un conte de tradition orale qui date du Moyen-Age et c’est d’ailleurs du Moyen Âge que le Petit Chaperon tient sa couleur rouge : en effet, les trois couleurs dominantes à cette époque étaient le rouge, le blanc et le noir. Si le loup est noir et le beurre blanc, il fallait donc que l’héroïne fût rouge.

    Donc à la base, il s’agit bien de beurre… ;-)

    Bon Yes Week-End à toutes et tous !

    Ervé

  6. genevieve dit :

    Ervé

    Merci de m’avoir remis en mémoire la fin du petit Chaperon rouge, il me semblait bien que le loup avait fini par s’en faire un rôti, bon,… CPolitic va trouver que l’on transforme son blog en carrefour des idées, bien qu’à la base il s’agissait d’un pot de miel !…Curieux aujourd’hui j’ai eu envie de parler de couleurs, le bleu pour le ciel, le blanc pour la pureté et le rouge pour le feu….heureusement que Loudomer est là pour redresser la situation…..elle ne lâche pas le chemin du jour indiqué par CPolitic, c’est une bonne élève !…

    Bonne journée à tous et toutes
    genevieve

  7. Lohiel dit :

    Et une petite recherche supplémentaire vous permettra sans aucun doute de démontrer comment la grande industrie alimentaire a mis la main sur ces tous ces logos bio (qui se vendaient trop bien pour qu’il laissent filer) en faisant par exemple voter les lois qui permettent au produit d’arborer le logo… même s’ils contiennent des OGM (0.9% max).

    La situation est actuellement si préoccupante que les associations spécialisées réfléchissent à la manière d’introduire un nouveau logo 100% bio, qui lui ne serait pas « récupérable ».

  8. cpolitic dit :

    @Lohiel
    Même pour le mythique logo « AB »?

    Cdt,
    Cpolitic

  9. CASTRONOVO dit :

    Le beurk et l’argent du beurk…
    Le TCE a été trafiqué en Traité de Lisbonne. Sarko est un produit de contrefaçon. Les crèmes de l’Oréal n’agissent visiblement pas sur sa bienfaitrice mamie. Woerth ne ment pas, il ne dit simplement pas la vérité. TF1 a l’apparence d’une télé, ce n’est qu’un pot à mouches.
    J’arrête là, je ne voudrais pas gâcher votre dimanche.
    Cordialement.
    @Cpolitic
    Merci pour le gros, et authentique lui, coup de twitter à mon article sur « Le Canard enchaîné met son bec dans les filouteries ».

  10. Loubomer dit :

    Finalement, pas mal de réactions autour d’un simple pot de miel!!! Cela prouve que la consommation, cà nous concerne en tant que consom’acteurs ; et que nous ne sommes pas que des conso’mateurs ayant du temps de cerveau disponible uniquement pour les pubs des gros conards sur les médias des copains de qui vous savez !!!!

  11. Lohiel dit :

    @cpolitic

    ben comme d’hab, ça s’est fait en douce, et d’une manière tellement « technocrate » que la plupart des gens n’y ont vu que du feu…

    2007 : http://www.infogm.org/spip.php?article3231
    Extrait – « Une modification essentielle : sous l’ancien règlement, chaque Etat pouvait mettre en œuvre le principe de “subsidiarité”, c’est-à-dire appliquer des mesures plus strictes. Or, avec ce nouveau règlement, cette possibilité disparaît. La normalisation du seuil de 0,9% pour l’AB, combinée avec la disparition du principe de subsidiarité, ne permet plus de tabler sur le label AB pour garantir un produit totalement exempt d’OGM. C’est dans ce sens que le règlement a été vécu par les professionnels de la bio comme l’inscription d’un “droit à contamination” des produits bio. »

    2009 : UE – UNE MARQUE PRIVÉE POUR CONTRER LES OGM DANS LA BIO
    lire ici : http://www.infogm.org/spip.php?article3838

    Voir aussi : http://www.fnab.org/

    Nota : le « bio » de grande distrib a explosé suite à ces « aménagements ». Par ici la bonne soupe !
    D’autre part, on a toujours pas de nouvelles du nouveau label. Les lobbies de Bruxelles sont puissants et les semenciers ont plein de potes à l’Assemblée Nationale.

  12. cpolitic dit :

    @Lohiel
    Merci pour ces détails qui n’étonnent guère…

    Cdt,
    Cpolitic

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