15 02 2009

Procès Colonna: Une nouvelle Affaire Dreyfus?

Pas d’antisémitisme dans cette sombre affaire, fort heureusement, mais simplement la même Raison d’Etat qui juge et tente d’inculper sans preuve un innocent. Cette Raison d’Etat aveugle qui fut à l’origine d’une des plus grandes erreurs judiciaires que la France ait connue.
Comme après les affreuses guerres terminées, une fois la vérité révélée, la cantonade scandait pourtant un admirable mais naïf: « plus jamais ça! »
Sauf qu’un siècle après l’Affaire Dreyfus, dont l’inculpation pour espionnage arrangeait le ministre de la Guerre de l’époque le général Auguste Mercier, auquel il fallait rapidement un coupable, une nouvelle affaire similaire dans son injustice et un procès à charge contre l’accusé fait son apparition.

Yvan Colonna Le Fugitif

Évidemment le meurtre d’un préfet, est un drame d’autant plus abject qu’il constitue un crime contre un homme mais aussi contre la République. Un crime à punir sévèrement, aussi sévèrement que le permet la loi de cette même République.
Mais le châtié ne saurait en aucun cas être le premier venu, la justice n’étant rendue que lorsque le véritable coupable se retrouve inculpé puis condamné. Pas de tête à donner en pâture ni à la vindicte populaire, ni à la veuve forcément éplorée.
Or, force est de constater, qu’avec les faits troublants ayant émaillé le procès, de nombreux doutes planent non seulement sur les méthodes utilisées par l’accusation mais surtout, sur l’innocence même du prévenu.

Déjà en novembre 2007, les soupçons d’un procès biaisé semblaient évidents: le médecin légiste responsable de l’autopsie du corps d’Erignac avait précisé que le tueur devait mesurer plus d’1 mètre 85compte-tenu de la trajectoire de la balle. Malheureusement Yvan Colonna ne fait qu’un « petit » 1m 72.
Le lendemain du procès, l’expert reviendra sur son témoignage en précisant que cela ne représentait que son avis personnel basé sur des déductions et d’ajouter que c’était à l’expert en balistique de se prononcer.
Le profil même du témoin intimidé la veille après sa révélation.
Rappelons également trois informations troublantes:
- la témoin la plus proche du tireur le soir du crime, dément formellement la présence de Colonna sur le lieu du crime et dans le rôle même du tireur
- le préfet Bonnet, le fusible préfectoral dans l’affaire de l’incendie des paillottes, doute sérieusement de la culpabilité de l’accusé
- le james bond – gendarme qui avait mis le feu à la paillotte Chez Francis tout en laissant un talkie-walkie et une cagoule et se brûlant maladroitement les mains, ce Saint-Cyrien a été tué dans un cambriolage grotesque de stand de tir, durant l’été 2007.

Février 2009, lors de son procès en appel, en plus de la confirmation de la taille du tueur différente de celle de l’inculpé, un nouveau coup de théâtre a lieu dans le tribunal: Didier Vinolas, ancien secrétaire général de Claude Érignac à la préfecture d’Ajaccio, déclare que deux suspects dans le meurtre du préfet Erignac sont encore en cavale alors même qu’il avait donné ces noms à la Justice en 2002.
Le Parquet Général à l’époque n’avait pas jugé utile de verser ce témoignage au dossier. Aux dernières nouvelles, ces noms se trouveraient dans une enveloppe, lettre non ouverte par le président du parquet.
Ce qui a fait dire naturellement à l’un des avocats de Colonna, que ce président était soit « imbécile », soit « complice » de l’obstruction à la Justice.
La défense demandera ainsi dès demain lundi, un supplément d’information, ce qui reportera du même coup cette farce judiciaire de mauvais goût. Elle en profitera également pour porter plainte pour « entrave à la manifestation de la vérité » contre X.

Plus que les soupçons de procès truqués, c’est l’ombre du pouvoir et notamment celui de Nicolas Sarkozy qui rôdent dans les couloirs du tribunal.
Un Nicolas Sarkozy pas totalement étranger à ce dossier: d’une part, à l’encontre même de la loi et du sacro-saint statut de présumé innocent, il a accusé Yvan Colonna d’avoir tué le préfet Erignac en arrogant la foule (voir vidéo ci-dessous) lors de son arrestation.


YVAN COLONNA présumé coupable selon Sarko
par antofpcl

D’autre part, l’actuelle parodie de président de la République connaît intimement la famille Colonna via les débuts de sa carrière politique là-bas, en Corse.
Nicolas Sarkozy a ainsi rencontré grâce au député et président de l’Assemblée territoriale de Corse Camille de Rocca-Serra sa première femme, l’avant-Cécilia, Marie-Dominique Culioli originaire de Sagone. Le pâtissier de cette belle-famille s’appelle André Géronimi dont le fils a épousé la sœur… d’Yvan Colonna.
La fameuse théorie qui fait connaître deux personnes sans lien apparent par l’intermédiaire de 7 personnes, se réduit donc à 4 personnes entre Nicolas et Yvan. Curieux…

De gauche à droite: Jacques Martin, Cécilia Attias, Marie-Dominique Culioli, et Nicolas Sarkozy
Nicolas Sarkozy - Jacques Martin - Marie-Dominique Culioli - Cécilia Attias
Jacques Martin donna une correction à Nicolas Sarkozy, alors ami du couple, pour avoir couché avec Cécilia. Officiellement, selon la victime, les blessures provenaient d’une chute de cheval

D’autant qu’un des fils du couple Sarkozy fera un stage quelques années plus tard chez un ami éleveur de brebis, ami également d’Yvan Colonna.
L’avocat de vente à la découpe devenu maire de Neuilly – ville « corse » des Hauts de Seine par excellence – puis ministre de l’Intérieur en 2003 avait tout intérêt de s’auto-congratuler de l’arrestation du probable tueur de préfet. Un succès qui aurait dû en amener un autre, à l’avant-veille du référendum sur la réorganisation administrative de l’île de Beauté. Qui aurait dû…

D’où l’accusation de l’inculpé à l’égard du petit garçon: « Dans cette enceinte, Monsieur Sarkozy est au banc des parties civiles, il fait ce qu’il veut! Est-ce qu’on peut avoir un débat serein en dehors de toute pression? »[..] « Ici c’est un procès politique, un procès d’Etat (…) Comment voulez vous que je puisse avoir confiance dans une justice où le président de la République est aux côtés des victimes ? »
En évoquant les limogeages de haut-fonctionnaires en Corse et dans la Manche, Yvan Colonna invective même le président de la cour, Didier Wacogne:  » et vous pensez que son discours n’a pas d’influence sur un procès politique ? Comment voulez-vous que je puisse avoir confiance dans une justice où le président de la République est aux côtés des victimes ? Dans cette enceinte, M. Sarkozy est au banc des parties civiles ! Il fait ce qu’il veut ! Est-ce qu’on peut avoir un débat serein, en dehors de toutes pressions ? »
Et de terminer par un échange vif et lucide:
-  » Le président de la République a bien dit que j’étais coupable, oui ou non ?  »
-  » Oui, il l’a dit. Mais la cour d’assises n’est pas le président de la République !  »
-  » Bien… »

Un bien mauvais scénario tel le film « Le Fugitif », mais où ce dernier se fait arrêter avant même d’avoir récolté les preuves de son innocence. La réalité dépasse toujours la fiction.

MAJ 17/02: Sur Europe 1, Fogiel annonce subrepticement à 8h45 environ que le procès Colonna continue car Didier Vinolas est revenu sur ces déclarations de vendredi.
Après vérification, force est de constater sur LePoint.fr et même Europe1.fr que tout ceci est totalement faux. En effet, parmi les 4 témoins appelés à la barre depuis lundi après-midi pour découvrir les tenants et les aboutissants de cette révélation, seul Yves Bot a nié en bloc avoir eu l’information de deux hommes mêlés au meurtre du préfet. Ce témoignage ne suffit pas pour valider la demande de « supplément d’information » et le report du procès.
Les 4 hommes appelés à la barre sont:
- Yves Bot, avocat général français de la Cour de Justice des Communautés européennes, réputé proche de Nicolas Sarkozy
Reste à attendre:
- Christian Lambert, ancien directeur de l’unité d’élite du Raid
- Jacques Naudin, ancien sous-préfet de Corse
- Philippe Frizon, commissaire de police
Parallèlement à cela, Didier Vinolas en a profité pour nier toute tentative de déstabilisation éventuelle du pouvoir, de part son statut d’employé à la maire de Paris et d’autre part pour ses révélations tardives, absentes de son témoignage sous serment lors du 1er procès fin 2007.

Sources Politique.net pour les liens familiaux entre les Culioli-Sarkozy et les Colonna, Wikipédia pour la vie et l’oeuvre du Nico, France-Soir pour le dialogue entre l’inculpé et le président de la cour.

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